La puissance pédagogique de l'IA conversationnelle

L'IA générative est au coeur des conversations. Création de modules e-Learning, de quiz, de vidéos... Ses capacités impressionnent et promettent toujours plus de productivité. Pourtant, la véritable valeur ajoutée de l'IA est ailleurs.
Dans cette vidéo, Charles Jennings reprend la citation attribuée à Henry Ford :
Si j'avais demandé aux gens de quoi ils avaient besoin, ils m'auraient répondu "des chevaux plus rapides".
Charles Jennings fait ensuite le parallèle avec la formation :
Si nous construisons uniquement à partir des briques du passé, alors nous ne parviendrons pas à atteindre nos objectifs. La principale valeur ajoutée de l'IA n'est pas de produire des cours plus rapidement.
Alors que les départements formation se battent pour produire toujours plus de contenus avec l'IA, les utilisateurs, eux, se sont emparés de ChatGPT dès le premier jour, pour assouvir leur soif de connaissance. Pendant que les premiers tentent d'exploiter l'IA générative, les seconds ont adopté l'IA conversationnelle.
Dans cet article, je vais essayer de mettre en lumière la puissance pédagogique de cette nouvelle forme d'interaction. Nous partirons de ce que nous connaissons tous aujourd'hui (e-Learning, vidéos, quiz), puis glisserons pas à pas vers une pédagogie soutenue par l'IA conversationnelle.
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Nos bons vieux contenus
Partons de ce qui peuple majoritairement nos LMS aujourd'hui : les modules e-Learning et leur déclinaison au format vidéo.
Leur principal intérêt est la transmission de connaissances. Ils contiennent la matière première : l'information. Avec un scénario bien pensé, ils peuvent guider l'apprenant dans l'acquisition de compétences clés. Lorsqu'ils sont bien produits, ils peuvent être vecteur d'émotions, contribuant à l'ancrage mémoriel.
Notons ici un détail intéressant : nous traçons souvent ces expériences par un indicateur de complétion, qui ne dit rien sur l'efficacité des modules. C'est pourquoi une pratique assez répandue consiste à prolonger chaque module par un quiz.
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Le quiz post-module
L'usage d'un quiz après un module théorique est tentant. Alors que la complétion ne dit rien sur l'efficacité du module, le quiz peut fournir un score, qui pourrait être considéré comme un indicateur de performance.
Mais pour dire vrai, la note importe peu. A ce stade, la valeur ajoutée d'un quiz n'est pas d'évaluer l'apprenant. Elle est de renforcer ses apprentissages par une série de boucles d'interactions :
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On pose une question à l'apprenant.
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Il mobilise ses connaissances pour y répondre, sollicitant et renforçant ainsi des connexions neuronales encore fragiles.
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Il reçoit un feedback qui confirme sa réponse (consolidation des connexions neuronales) ou l'infirme (correction, réaiguillage des connexions neuronales).
Le quiz formatif ne devrait donc pas être conçu comme un outil d'évaluation, mais comme un réactivateur de connaissances : on mobilise, on consolide ou on ajuste les savoirs.
Pour être un peu provocateur, je dirais qu'un quiz formatif bien conçu devrait permettre à tous les apprenants d'obtenir la note maximale.
Les questions ouvertes
Les quiz qui peuplent nos LMS sont généralement constitués de questions fermées, le plus souvent des QCM.
Ce choix est compréhensible. Il vise à automatiser la correction. On sait à l'avance quelles sont les bonnes et mauvaises réponses. On peut offrir un feedback approprié, attribuer des points et calculer un score.
Mais cette approche est aussi très discutable, car en proposant un choix, on biaise les réponses de l'apprenant. Au lieu de mobiliser ses connaissances profondes, on mobilise ses capacités de discrimination. On lui demande de choisir la réponse la plus crédible, par élimination, et parfois au hasard.
A l'inverse, les questions ouvertes sollicitent toutes les capacités de l'apprenant : analyse, rédaction, reformulation. Il n'a aucun moyen de se soustraire à l'effort intellectuel qu'on lui demande. Il est inévitablement dans l'action.
C'est là que l'IA entre en scène. Par sa capacité à apprécier les réponses de l'apprenant et à fournir des feedbacks nuancés, l'IA permet de traiter les questions ouvertes de manière automatisée, ce qui était jusqu'ici impossible.
Place à la conversation
Nous venons d'introduire une première dose d'IA au travers des questions ouvertes. C'est un bon point, mais nous sommes toujours dans la posture : j'interroge l'apprenant sur ses savoirs.
Il est temps de voir plus grand grâce à l'IA conversationnelle, en jouant sur tous les registres :
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Auto-questionnement : l'apprenant pose des questions à l'IA sans crainte d'être jugé.
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Contextualisation : l'apprenant pose des questions en lien avec ses objectifs propres, et obtient des réponses plus personnelles.
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Réflexivité : l'IA encourage l'apprenant à s'interroger, à évaluer lui-même ses progrès, à se situer par rapport à ses objectifs.
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Feedbacks : l'IA sollicite l'avis de l'apprenant concernant la qualité de l'expérience d'apprentissage.
La liste n'est pas exhaustive, mais on voit bien l'idée : ne pas se contenter d'interroger l'apprenant. Au contraire, utiliser la conversation comme un outil de construction des savoirs.
Cap sur l'Adaptive Learning
S'il est un aspect que je trouve savoureux dans les conversations, c'est la digression. Parfois source de confusion entre humains, elle est aussi source d'opportunité. Elle nous fait dévier du sujet initial pour explorer des thématiques connexes.
Face à l'IA, l'apprenant peut en jouer pour élargir son champ des connaissances, à son rythme, au fil de sa curiosité. L'IA répond aux questions de l'apprenant et l'oriente vers des ressources pertinentes. Elle joue le rôle d'aiguilleur.
Correctement configurée, elle applique des règles visant à garder l'apprenant dans le droit chemin, à l'orienter vers les sujets qui ne doivent pas être occultés. L'IA use donc à la fois de liberté et de contrainte pour guider l'apprenant.
La conversation devient à la fois le parcours et le contenu.
C'est la forme la plus évoluée d'Adaptive Learning, bien loin des parcours figés que nous connaissons sur LMS, et bien plus évoluée que les plateformes de micro-learning équipées d'un système de recommendation.
Converser dans l'environnement de travail
Pendant plus d'un quart de siècle, l'industrie de la formation s'est demandé comment rendre les parcours de formation transportables d'un LMS à l'autre. C'est la raison d'être des standards comme AICC et SCORM, qui ont suscité tant d'espoir et de peines à la fois.
Aujourd'hui, la question n'est plus de savoir comment passer d'un LMS à l'autre, mais comment passer du LMS à l'environnement de travail.
Si la conversation remplace le parcours, que la collaboration avec l'IA remplace la consultation, alors des outils d'entreprise comme Microsoft Teams, Slack et autres plateformes de collaboration, deviennent les réceptacles naturels des bots pédagogiques.
Ces outils deviennent le nouveau front (la nouvelle interface), mais ne nous y trompons pas : la logique pédagogique des tuteurs IA, la gestion des contenus de référence, le lien avec les compétences, exigent toujours un outil de gestion orienté formation. C'est sans doute la redéfinition du LMS qui se joue là. J'y reviendrai dans un autre article.
Conclusion
Nous l'avons vu, la véritable révolution de l'IA au service de la formation n'est peut-être pas sa capacité générative, mais sa dimension conversationnelle. Elle nous offre ce qui ressemble le plus à une interaction humaine, dont on connait l'efficacité en terme de transmission des savoirs.
L'IA n'est pas parfaite, bien sûr. Son usage doit être cadré, encadré, contrôlé, sécurisé. Mais lorsqu'elle est correctement utilisée, l'IA est susceptible d'apporter du jamais vu : une interaction quasi humaine, avec la scalabilité en plus.